La vie interfaciale

lavieinterfaciale

 

L’exposition « La vie interfaciale » proposée par METAVILLA s’inscrit dans la continuité des questionnements issus du colloque transversal du MICA de l’Université Bordeaux Montaigne. C’est par le travail d’une vingtaine d’artistes de générations variées ayant des pratiques mixtes (vidéos, éditions, installations, peintures…) que le visiteur est invité à parcourir différentes échelles conceptuelles et symboliques afin d’entrevoir en quoi les interfaces devenues omniprésentes dans notre vie peuvent perturber l’économie du réel.
En devenant invisibles par la miniaturisation et par un langage propre à une « onde », celles-ci bousculent nos habitudes et nos repères dans le quotidien. Les interfaces qui étaient jusqu’alors un simple support pour l’information et la communication sont devenues de véritables outils à même de penser notre réel, voire même de modifier notre réalité. Nicole Tran Ba Vang dans son édition-oeuvre « Revue » a revisité cette logique de médiation où l’image publicitaire et le discours consumériste l’emportent sur le message, troublant ainsi le sens réel : faire rêver et faire acheter. Les interfaces sont désormais devenues semblables à des entités capables de participer à l’évolution des identités quelles soient spatiales ou humaines. En s’immisçant au plus près de nos choix par l’accompagnement tels le GPS, le correcteur suggestif ou automatique des mots à la rédaction d’un mail ou SMS, elles induisent un trouble. C’est un doute et une tension qui se développent dans l’organisation du réel entre l’humain et cette interface pouvant formuler des propositions (choisir ce chemin plutôt qu’un autre, cette orthographe plutôt qu’une autre). Les œuvres de Fabien Zocco et de Cindy Coutant témoignent sur la suite de ces articulations nouvelles où l’interface devient autonome dans son développement. L’introduction des intelligences artificielles qui peuvent apprendre et analyser nos données issues de ces outils est un questionnement majeur. Celles-ci peuvent conditionner nos comportements par des logiques purement mercatiques ou politiques (ex : prendre ce chemin et pas un autre car il y a telle institution ou telle entreprise… ). Les traces laissées sur le Web lors de notre déambulation ont des actions dans l’animation de ces interfaces (ex : Netflix va nous proposer un film car il ressemble à celui vu auparavant) et donc dans l’animation du temps et de l’espace habité. C’est une nouvelle « Gravity » comme nous le souligne l’oeuvre du studio 2roqs qui s’installe et un nouvel « Horizon » comme l’entrevoit Gregory Chatonsky en travelling sans fin qui se profile. Le design de données semble être au cœur de la fabrication de l’usage de cette nouvelle vie interfaciale. Sans mise en forme de cette masse d’informations récoltées, la réalité ne peut avoir de contours et peut donc être difficilement saisie. Elles articulent donc par leur rythme de présence, des notes d’ambiances et des atmosphères telle une partition musicale. D’un clavier de musique à celui d’un ordinateur, c’est l’émergence d’une symphonie capable de créer des univers distincts avec de mêmes éléments.
En agissant sur la perception globale du monde actuel par cette médiatisation étrangement familière et lointaine, c’est une réelle interférence qui semble être en cours de développement sur le monde du vivant. Ce sont de nouveaux plis qui se façonnent sur les traits de la vie comme nous le montre Alice Raymond. C’est une distorsion perceptive du monde biologique avec de nouvelles propriétés physiques où la donnée numérique semble être devenue le nouvel atome et ADN pour l’homme. L’addition va peut être devenir « salée » pour faire référence aux œuvres présentées par Lucie Bayens. C’est par l’expérience sensible du dispositif scénographique de cette proposition d’exposition que se développe un parcours au discours potentiellement techno-critique.

Caroline Corbal

– – – – – – –
Avec la collaboration de :
Université Bordeaux Montaigne, MICA, L’Agence Créative, les arts au mur Artothèque et le CFPPA

Avec les œuvres et la participation de :
Fabien Zocco, 2Roqs, Zola Lepremier, Claire Lajus, Jordi Colomer, Sarah Trouche, Patrick Tosani, Nicole Tran Ba Vang, Julien Prévieux, Alice Raymond, Joseph Grigely, Gregory Chatonsky, Marion Zilio, Charlie Malgat, Laura Gozlan, Said Afifi, Mathieu Bardisbanian, Roman Opalka, Lucie Bayens, Cindy Coutant, Julien Verhaeghe, Bruno Falibois, Totoche Prod Nathalie Canals, Claude Closky, Missy Prince, Véronique Grenier, Louise Rousseau, Mathilde Cuchet, Arnaud Coutellec.

 

 

 

METAVILLAlogo